Le 23 juillet 2025, la Maison Blanche a présenté l’America’s AI Action Plan, un dispositif de 90 mesures structuré autour de trois piliers, destiné à placer les États‑Unis au sommet de la course mondiale à l’intelligence artificielle. Ce plan s’inscrit dans une rivalité technologique accrue avec la Chine, qui vise la domination de l’IA d’ici 2030. L’initiative américaine mobilise plus de 10 000 parties prenantes et promet une transformation rapide du secteur public, de l’infrastructure et de la diplomatie technologique.
À retenir
- 23 juillet 2025 : lancement du plan d’action IA (90 mesures, 3 piliers).
- 23 janvier 2025 : Executive Order 14179, qui révoque l’EO 14110 de 2023.
- Objectif : supplanter la Chine et garantir la souveraineté numérique américaine.
- Pilier 1 : déréglementation, open‑source et adoption publique.
- Pilier 2 : data‑centers, semi‑conducteurs, cybersécurité et formation.
- Pilier 3 : exportations, standards internationaux et prévention des usages malveillants.
Le plan d’action américain pour dominer la course mondiale à l’IA
L’administration Trump veut que les États‑Unis deviennent le leader incontesté de l’IA.
Contexte géopolitique et historique de la rivalité IA
Depuis 2017, la Chine suit un programme national d’IA qui vise la suprématie technologique d’ici 2030. Le gouvernement américain perçoit ce plan comme une menace pour sa compétitivité économique et sa sécurité nationale. En 2023, l’administration Biden avait instauré l’Executive Order 14110, jugé trop contraignant pour l’innovation privée.
Objectifs et principes du plan d’action américain
Le America’s AI Action Plan repose sur trois piliers et 90 mesures. Il promet d’autonomiser les travailleurs, d’assurer la neutralité idéologique des systèmes d’IA et de protéger contre les usages abusifs. Le plan vise à « gagner la course à l’IA », selon les responsables de la Maison Blanche.
Chronologie des événements clés
Le 23 janvier 2025, Trump signe l’Executive Order 14179, qui supprime l’EO 14110 de 2023. Le 23 juillet 2025, la Maison Blanche dévoile le plan complet, après une consultation publique lancée en février et réunissant plus de 10 000 acteurs du secteur (fournisseurs d’IA, cloud, puces).

Les trois piliers du plan : innovation, infrastructure souveraine et influence internationale
Chaque pilier cible un levier essentiel pour la domination technologique américaine.
Pilier 1 : accélérer l’innovation dans l’IA
Le gouvernement prévoit de relâcher les contraintes réglementaires fédérales, notamment dans les domaines de l’environnement, de la diversité et de la désinformation. Il envisage l’abrogation ou la modification de directives jugées excessives. Des « bacs à sable » seront créés pour tester rapidement de nouveaux modèles. Le plan soutient l’open‑source et l’open‑weight, et finance le projet pilote de la National AI Research Resource. Des centres d’excellence et des plateformes de test harmoniseront les pratiques public‑privé. L’administration met aussi à jour les directives d’approvisionnement afin que le gouvernement ne contracte qu’avec des développeurs de grands modèles garantissant objectivité et absence de biais idéologiques. Enfin, des incitations fiscales encourageront la formation des travailleurs aux compétences IA.
Pilier 2 : construire une infrastructure IA puissante et souveraine
Le plan accélère le déploiement de data‑centers, d’usines de semi‑conducteurs et d’unités de production énergétique. Les processus d’autorisation seront allégés et les limitations environnementales assouplies pour les projets stratégiques. Le réseau électrique national sera modernisé afin de supporter la consommation massive des IA. Le CHIPS Program Office sera mobilisé pour relocaliser une partie de la chaîne d’approvisionnement en puces et pour intégrer l’IA dans la fabrication. La cybersécurité bénéficiera de nouvelles normes et de la création du AI‑ISAC, un centre national de partage d’informations sur les menaces. Des centres de données à haute sécurité seront construits pour les usages militaires et de renseignement. Le plan prévoit également une formation professionnelle massive pour créer un vivier d’ingénieurs, d’électriciens et de techniciens CVC.
Pilier 3 : déployer une stratégie d’influence internationale et de sécurité
Les États‑Unis lanceront un programme d’exportation d’IA destiné aux pays alliés, incluant matériel, logiciels, modèles et cadres réglementaires. L’objectif est de créer un réseau d’interdépendances technologiques autour des États‑Unis et de marginaliser l’influence chinoise. Le pays cherchera à façonner les standards internationaux en renforçant sa présence dans les instances de normalisation. Il surveillera les réglementations étrangères, comme le RGPD européen ou l’IA Act, pour éviter qu’elles ne freinent les entreprises américaines. Des mesures strictes seront prises contre les usages malveillants dans les domaines NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique). Le plan introduit un protocole de prévention et d’évaluation des risques bio‑sécuritaires, un filtrage humain des IA générant du code biologique et des restrictions d’accès aux modèles critiques. Des contrôles d’exportation plus sévères viseront les « pays préoccupants ».

Réactions, enjeux et perspectives pour l’Europe
L’Europe observe attentivement l’initiative américaine, qui soulève des questions de souveraineté et de concurrence.
Impact sur la souveraineté numérique européenne
Le plan américain pourrait accentuer la dépendance européenne aux technologies américaines si l’UE ne renforce pas ses propres capacités. L’Europe possède déjà l’IA Act, mais le nouveau plan US menace de créer des standards incompatibles. Les entreprises européennes devront choisir entre se conformer aux exigences américaines ou soutenir les cadres européens.
Défis de la régulation et de la déréglementation
L’assouplissement réglementaire annoncé aux États‑Unis contraste avec la politique de protection de la vie privée et de la sécurité de l’UE. La déréglementation pourrait faciliter le déploiement rapide d’IA, mais aussi augmenter les risques de biais et de désinformation. L’UE devra évaluer l’équilibre entre innovation et protection des citoyens.
Possibilités de coopération et de rivalité
Malgré la compétition, les deux continents partagent des intérêts communs en matière de cybersécurité et de prévention des usages militaires de l’IA. Des dialogues bilatéraux pourraient harmoniser les standards de sécurité et limiter la prolifération des technologies à risque. En même temps, l’UE pourrait développer ses propres programmes d’infrastructure, inspirés du pilier 2 américain, pour garantir une chaîne d’approvisionnement résiliente en semi‑conducteurs.
Scénarios pour l’avenir de la course à l’IA
Si les États‑Unis réussissent à mettre en œuvre rapidement les trois piliers, ils pourraient consolider leur avance technologique d’ici 2030. La Chine, déjà engagée depuis 2017, continuera d’investir massivement, ce qui rendra la course encore plus féroce. L’Europe, en misant sur une régulation équilibrée, pourrait se positionner comme un acteur de confiance, attirant les talents et les investissements qui recherchent une gouvernance responsable. Le résultat dépendra de la capacité de chaque région à aligner innovation, souveraineté et sécurité.
















