La France rachète Bull pour sécuriser ses supercalculateurs

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Salle informatique sécurisée avec rangées de supercalculateurs Bull et drapeau français symbolisant le rachat par l’État pour la souveraineté technologique.
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L’État français a finalisé, le 31 mars 2026, le rachat de Bull pour 404 millions d’euros. Cette opération permet à la puissance publique de reprendre le contrôle total du dernier fabricant européen de supercalculateurs et évite qu’un acteur stratégique ne tombe entre des mains étrangères. Derrière ce sauvetage industriel se joue la souveraineté technologique de la France dans le calcul haute performance, l’intelligence artificielle et la simulation nucléaire.


À retenir

  • L’État, via l’APE, a racheté 100 % de Bull pour 404 M€, dont 104 M€ de compléments de prix conditionnels.
  • Bull est le seul constructeur européen de supercalculateurs, avec son usine d’Angers et 3 000 salariés (dont la moitié en France).
  • Ses machines sont centrales pour la dissuasion nucléaire française (programme Simulation du CEA) et pour l’entraînement des modèles d’IA souverains.
  • Le prochain supercalculateur national, Alice Recoque, doit entrer en service fin 2026 au CEA. Il sera de classe exascale (un milliard de milliards d’opérations par seconde).
  • Bull a déjà livré Jupiter, le premier supercalculateur exascale européen, à l’Allemagne dans le cadre d’EuroHPC.
  • 500 ingénieurs supplémentaires seront recrutés en 2026 pour relancer l’activité.

L’État reprend le contrôle de Bull dans la tourmente d’Atos

La crise d’Atos a failli emporter Bull. Entre 2020 et 2024, la valeur d’entreprise du groupe s’est effondrée, passant de 8,2 milliards d’euros à quelques centaines de millions. Face au risque de voir ses actifs critiques vendus à l’étranger, l’État a choisi d’intervenir directement.

Réunion formelle dans un ministère français entre responsables publics et dirigeants du numérique au sujet de la reprise de Bull dans le contexte de la crise d’Atos.
La reprise de contrôle de Bull par l’État intervient en pleine tourmente d’Atos pour sécuriser les actifs stratégiques.

Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Roland Lescure, a qualifié cette acquisition de « décisive pour la souveraineté technologique ». L’Agence des participations de l’État (APE) a donc repris 100 % du capital de Bull, séparant clairement les activités de supercalculateurs des autres branches du groupe.

Atos conserve, sous la marque Eviden, les activités de cybersécurité, systèmes critiques et vidéo-analyse. L’entité zData, spécialisée dans le conseil en Big Data, a été exclue du périmètre de cession. Le montant final de 404 millions d’euros intègre ces ajustements ainsi que 104 millions d’euros d’earn-out liés aux performances de 2025 et 2026.

Une décision placée sous le signe de la souveraineté technologique

Ce n’est pas un simple sauvetage financier. C’est un choix stratégique assumé : la France refuse de dépendre exclusivement des infrastructures américaines pour ses calculs les plus sensibles. En reprenant Bull, l’État sécurise à la fois une usine, un savoir-faire et une chaîne de valeur complète, de la conception à la fabrication.

Pourquoi Bull constitue un actif stratégique majeur

Bull n’est pas un constructeur comme les autres. C’est le seul acteur européen capable de concevoir et de fabriquer des supercalculateurs sur le sol européen. Son usine d’Angers reste un atout rare sur un continent qui a largement externalisé sa production informatique.

L’entreprise a réalisé 720 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en croissance de 16 %. Ses deux divisions reprises — Advanced Computing (HPC & Quantum) et Business Computing & IA — concentrent un savoir-faire clé dans le calcul haute performance (HPC).

Le rôle central dans la dissuasion nucléaire

Les supercalculateurs de Bull sont au cœur du programme Simulation de la Direction des applications militaires (DAM) du CEA. Ils permettent de garantir la fiabilité et la sûreté des armes nucléaires françaises sans réaliser d’essais nucléaires réels. Cette capacité relève directement de la dissuasion nucléaire et de la crédibilité de la défense française.

L’entraînement des modèles d’IA souverains

Avec l’essor de l’intelligence artificielle, ces machines deviennent tout aussi stratégiques. Elles permettent d’entraîner des grands modèles de langage (LLM), comme ceux développés par Mistral AI, sans dépendre totalement du cloud américain ni des puces Nvidia. Cette indépendance matérielle et logicielle protège contre les risques de blocage géopolitique ou de surcoûts brutaux.

La maîtrise de l’informatique quantique fait également partie des actifs repris. Même si cette technologie reste émergente, elle complète le portefeuille technologique français sur le très long terme.

Alice Recoque et l’ambition exascale française

La relance de Bull s’incarne dans un projet concret : la construction d’Alice Recoque, le futur supercalculateur français de classe exascale. Capable de réaliser un milliard de milliards d’opérations par seconde, il doit être installé au centre de calcul du CEA d’ici la fin 2026.

Ingénieurs inspectant un alignement de supercalculateurs de nouvelle génération dans un centre de calcul du CEA, illustrant le projet Alice Recoque exascale.
Le projet Alice Recoque incarne l’ambition française de disposer d’un supercalculateur exascale souverain au CEA.

Ce projet est mené en partenariat avec AMD et s’appuie sur l’expérience acquise avec Jupiter, le premier système exascale européen que Bull a déjà livré à l’Allemagne dans le cadre du programme EuroHPC. La France veut ainsi passer du statut de fournisseur à celui de pays chef de file sur le segment le plus puissant.

Un plan de recrutement massif

Pour tenir ces objectifs, Bull va recruter 500 nouveaux collaborateurs en 2026, principalement des ingénieurs. Cette montée en puissance doit reconstituer une filière complète et préparer les générations suivantes de machines.

Anne Le Hénanff, qui pilote désormais l’entité, dispose d’un mandat clair : transformer Bull en champion européen du calcul haute performance, au service de la recherche, de la défense et de l’IA souveraine.

Une réponse industrielle à la dépendance technologique

En reprenant Bull, la France ne se contente pas de sauver des emplois. Elle réaffirme que certaines infrastructures numériques sont trop stratégiques pour être laissées au seul jeu du marché.

À l’échelle internationale, la puissance de calcul devient un facteur de puissance nationale. Posséder ses propres supercalculateurs n’est plus un luxe, mais une nécessité. Le pari est risqué, les investissements seront lourds, mais les enjeux — nucléaire, défense, intelligence artificielle — justifient largement cette prise de risque. Le nouveau Bull français n’a plus le droit de faillir.


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