Le 22 septembre 2025, NVIDIA et OpenAI ont scellé un partenariat historique de 100 milliards de dollars, le plus grand déploiement d’infrastructure d’intelligence artificielle (IA) jamais annoncé. Ce méga-contrat, structuré autour de gigawatts de data centers et de millions de GPU, vise à accélérer le développement de la prochaine génération de modèles d’IA, incluant des avancées vers la superintelligence. Une alliance qui consacre aussi la domination de NVIDIA dans l’écosystème des puces dédiées, au moment où la course à l’IA devient un enjeu géoéconomique majeur.
À retenir
- 100 milliards de dollars : montant maximal de l’investissement de NVIDIA dans OpenAI, lié au déploiement progressif de 10 gigawatts (GW) d’infrastructure.
- 10 GW de data centers : capacité prévue, équipée de millions de GPU NVIDIA, dont les premiers déploiements utiliseront la plateforme Vera Rubin (2026).
- Financement circulaire : OpenAI paiera NVIDIA en cash pour les puces, tandis que NVIDIA réinvestira une partie en actions non participatives dans OpenAI.
- 375 milliards de dollars : dépenses mondiales prévues en infrastructure IA en 2025, selon les analystes.
- Projet Stargate : initiative parallèle impliquant OpenAI, Oracle et SoftBank pour 100 milliards de dollars d’infrastructure aux États-Unis.
Ce partenariat intervient à un moment charnière pour l’industrie de l’IA. D’un côté, OpenAI cherche à sécuriser un accès prioritaire aux GPU, ressources devenues aussi stratégiques que l’or noir pour entraîner ses modèles. De l’autre, NVIDIA, déjà leader avec 80 % du marché des puces IA, renforce son emprise en verrouillant un client clé. Pour les entreprises et les États, l’enjeu est double : maîtriser les coûts d’une technologie vorace en énergie, tout en évitant une dépendance excessive à un duo désormais indissociable. Avec des investissements colossaux et des questions réglementaires en suspens, cette alliance redessine les règles du jeu — sans garantie que les bénéfices se répartissent équitablement.
Une alliance technologique aux ambitions démesurées
Le partenariat entre OpenAI et NVIDIA s’appuie sur une collaboration débutée en 2016, lorsque Jensen Huang, PDG de NVIDIA, avait livré le premier superordinateur DGX à OpenAI. Neuf ans plus tard, les deux acteurs formalisent une alliance sans précédent, combinant infrastructure matérielle et optimisation logicielle pour accélérer le développement de l’IA générale (AGI).
10 gigawatts de data centers : une échelle inédite
Le cœur du projet repose sur le déploiement de 10 GW de data centers, une puissance équivalente à celle de plusieurs centrales nucléaires. Ces infrastructures hébergeront des millions de GPU, principalement issus de la future plateforme Vera Rubin — successeur des puces Blackwell annoncées en 2024. Selon la feuille de route, les premiers déploiements sont prévus au second semestre 2026, avec une localisation majoritaire aux États-Unis.

Concrètement, chaque gigawatt déployé déclenchera un versement progressif de NVIDIA à OpenAI, jusqu’à 100 milliards de dollars. Le premier décaissement, estimé à 10 milliards de dollars (soit 8,5 milliards d’euros), interviendra dès la signature de l’accord définitif pour l’achat des puces. « Tout commence par le calcul. Cette infrastructure sera la base de l’économie du futur », a déclaré Sam Altman, PDG d’OpenAI, lors de l’annonce.
Une co-optimisation logicielle et matérielle
L’alliance ne se limite pas à un simple contrat d’approvisionnement. Les deux entreprises aligneront leurs feuilles de route technologiques pour optimiser :
- les modèles d’IA d’OpenAI (dont les successeurs de ChatGPT),
- les architectures matérielles de NVIDIA (GPU, réseaux, refroidissement),
- les outils logiciels comme CUDA ou TensorRT, essentiels pour l’entraînement des modèles.
Jensen Huang a souligné que ce partenariat permettrait de « franchir la prochaine étape vers l’ère de l’intelligence », en réduisant les goulots d’étranglement liés au calcul haute performance.
Un héritage : de DGX à Vera Rubin
Depuis 2016, NVIDIA a équipé OpenAI en supercalculateurs, jouant un rôle clé dans le développement de ChatGPT (2022), devenu l’application grand public la plus rapidement adoptée de l’histoire. La plateforme Vera Rubin, nommée en hommage à l’astronome américaine, promet des capacités de mémoire et de calcul multipliées par 10 par rapport aux générations précédentes. Ces performances sont jugées indispensables pour entraîner des modèles capables de raisonnement complexe, une étape vers l’AGI.
Un écosystème verrouillé, entre opportunités et risques
Avec cet accord, NVIDIA et OpenAI créent un duo quasi monopolistique dans l’IA haut de gamme. Pour NVIDIA, l’enjeu est de pérenniser sa domination sur le marché des puces IA, où sa part atteint déjà 80 %. Pour OpenAI, il s’agit de sécuriser un accès prioritaire à des ressources devenues rares, tout en maîtrisant les coûts d’une technologie énergivore.

Un marché de l’IA en ébullition
Les dépenses mondiales en infrastructure IA devraient atteindre 375 milliards de dollars en 2025, selon les analystes. Dans ce contexte, NVIDIA se positionne comme le fournisseur incontournable, avec une demande en puces qualifiée de « matière première critique » par Dan Ives, analyste chez Wedbush Securities. Le partenariat avec OpenAI garantit à NVIDIA :
- des commandes garanties sur plusieurs années,
- une visibilité exclusive sur les besoins futurs d’OpenAI,
- un siège à la table des décisions stratégiques en matière de hardware.
Pour OpenAI, l’avantage est tout aussi stratégique : un accès prioritaire aux puces les plus performantes, avec des coûts prévisibles — un atout face à des concurrents comme Anthropic ou Mistral AI, qui peinent à sécuriser des ressources équivalentes.
Un financement circulaire sous surveillance
La structure financière du partenariat soulève des questions. OpenAI paiera NVIDIA en cash pour les puces, tandis que NVIDIA réinvestira une partie de ces fonds dans des actions non participatives d’OpenAI. Ce mécanisme, qualifié de financement circulaire, pourrait selon certains analystes :
- surestimer la demande réelle en puces, en créant une boucle artificielle,
- fausser la concurrence, en avantageant OpenAI au détriment d’autres acteurs,
- attirer l’attention des régulateurs antitrust, notamment aux États-Unis et en Europe.
Greg Brockman, président d’OpenAI, a minimisé ces risques, arguant que l’accord reflète une « collaboration naturelle entre deux leaders complémentaires ». Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer un verrouillage du marché, où les startups en IA seraient contraintes d’adopter les solutions NVIDIA pour rester compétitives.
Un projet Stargate en toile de fond
Ce partenariat s’inscrit dans une stratégie plus large d’OpenAI, qui multiplie les alliances pour bâtir une infrastructure souveraine. En janvier 2025, l’entreprise avait annoncé le projet Stargate avec Oracle et SoftBank, prévoyant :
- un investissement de 100 milliards de dollars pour des data centers aux États-Unis,
- une capacité totale de 10 GW d’ici 2028, incluant un méga-site de 4,5 GW au Texas,
- un budget global de 500 milliards de dollars sur quatre ans.
Avec Microsoft (qui détient 49 % des bénéfices d’OpenAI depuis un investissement de 13 milliards de dollars en 2023), ces partenariats forment un réseau intégré où chaque acteur renforce la position des autres. Une configuration qui pourrait, à terme, limiter la diversité des solutions technologiques disponibles.
















