Siemens a présenté à la Hannover Messe 2026 son Eigen Engineering Agent, un système d’IA physique capable de planifier, d’exécuter et de valider de façon autonome des projets complets d’ingénierie d’automatisation. Intégré nativement au TIA Portal, l’agent utilise le raisonnement multi-étapes et l’auto-correction pour générer du code PLC, configurer des interfaces HMI et ajuster ses résultats jusqu’aux objectifs fixés. Face à une pénurie mondiale estimée à 7 millions de travailleurs manufacturiers d’ici 2030, l’outil vise à accélérer le travail des ingénieurs sans relâcher les exigences industrielles.
À retenir
- Eigen Engineering Agent : premier agent d’IA physique industriel capable d’exécuter de bout en bout des tâches d’ingénierie d’automatisation.
- Intégré directement dans le TIA Portal (plus de 600 000 utilisateurs), il accède aux métadonnées, aux hiérarchies et aux dépendances des projets réels, y compris dans des environnements hérités.
- Utilise le raisonnement multi-étapes et l’auto-correction pour générer du code PLC, SCL, LAD, configurer les interfaces homme-machine (HMI) et valider les performances.
- Exécute certaines tâches 2 à 5 fois plus vite que les méthodes manuelles, avec une amélioration de la qualité pouvant atteindre 80 %.
- Pilotes réalisés auprès de plus de 100 entreprises dans 19 pays, dont ANDRITZ Metals, CASMT et Prism Systems.
- S’inscrit dans l’investissement de 1 milliard d’euros annoncé par Siemens dans l’IA industrielle et dans un portefeuille de plus de 2 000 familles de brevets IA.
- Répond à la pénurie de main-d’œuvre industrielle et à la difficulté de recruter des profils capables de maîtriser à la fois l’automatisation et l’IA.
L’essor d’une nouvelle classe d’IA industrielle autonome
Siemens ne présente pas ici un simple outil d’assistance. Avec l’Eigen Engineering Agent, l’entreprise fait passer l’IA du conseil à l’exécution. Dévoilé à la Hannover Messe 2026, le système s’attaque à un segment encore largement piloté par l’humain : la conception et la validation de systèmes d’automatisation complexes.
De l’assistant à l’agent exécutant
Les modèles de langage classiques se limitent à proposer des pistes que l’ingénieur doit ensuite vérifier et intégrer. L’Eigen Engineering Agent, lui, agit de manière autonome. Il interprète les exigences du cahier des charges, découpe le projet en tâches élémentaires, génère le code, configure les équipements et recommence tant que les critères de performance ne sont pas atteints. Cette boucle d’auto-correction fait la différence.

Une réponse technologique à un problème structurel
Le secteur manufacturier européen et mondial manque de main-d’œuvre qualifiée. Les estimations convergent vers un déficit de 7 millions de postes d’ici 2030. Dans plusieurs pays, un poste d’ingénieur sur cinq reste vacant. Siemens présente donc son agent comme un multiplicateur de capacité : il ne remplace pas l’ingénieur, il l’allège des tâches répétitives pour qu’il se concentre sur les cas complexes.
Comment l’agent raisonne et agit dans le TIA Portal
La force de l’Eigen Engineering Agent tient à son intégration native dans TIA Portal et dans l’écosystème Siemens Xcelerator. Contrairement à des solutions externes qui imposent des imports et des ajustements manuels, l’agent travaille directement dans l’environnement quotidien des ingénieurs.
Raisonnement multi-étapes et auto-correction
L’agent procède par décomposition successive. Il analyse le projet, identifie les composants existants, comprend leurs relations et génère le code correspondant. En cas d’erreur de syntaxe, de compilation ou de cohérence avec l’architecture en place, il corrige sa sortie. Cette capacité réduit les écarts qui peuvent, dans un environnement industriel, provoquer des arrêts de production coûteux.
Il maîtrise aussi bien le Structured Control Language (SCL) que le Ladder Diagram (LAD). Il configure les automates programmables industriels (PLC), développe les visualisations Human-Machine Interface (HMI) et paramètre les équipements connectés. Chaque résultat est comparé à des objectifs de performance définis avant d’être transmis à l’ingénieur pour validation finale.
Une compréhension contextuelle des environnements legacy
La plupart des usines européennes fonctionnent avec un mélange de systèmes récents et d’installations anciennes parfois mal documentées. L’agent est conçu pour ce type d’environnement. En accédant aux structures de projet, aux logiques de contrôle existantes et aux dépendances entre composants, il produit des solutions qui s’intègrent sans traduction manuelle. Pour les intégrateurs comme pour les industriels, c’est un gain de temps direct.
Des résultats mesurables et des retours terrain concrets
Les chiffres communiqués par Siemens après les pilotes sont nets. L’agent exécute les tâches 2 à 5 fois plus rapidement que les flux traditionnels. La qualité des solutions produites peut s’améliorer jusqu’à 80 %, tandis que l’efficacité globale des équipes progresse dans certains cas de 50 %.

Ce que disent les industriels qui l’ont testé
Chez Prism Systems, l’agent a servi à générer et importer du code SCL structuré. Le temps nécessaire à ces tâches est passé de plusieurs heures à quelques minutes. Les ingénieurs ont surtout salué la cohérence du code avec les standards internes de l’entreprise.
CASMT l’a déployé sur le développement d’une ligne de production complète. L’IA a automatisé la configuration des équipements, la génération de code et la visualisation HMI. Résultat : moins d’allers-retours entre spécialistes, des délais de livraison réduits et une charge cognitive allégée pour les ingénieurs seniors.
ANDRITZ Metals y voit un levier de compétitivité. Face à la difficulté de recruter des profils hybrides, l’agent lui permet d’augmenter la capacité de son bureau d’études existant.
Les limites persistantes à ne pas sous-estimer
Cette technologie ne résout pas tout. Siemens met en avant deux freins : la qualité et la contextualisation des données opérationnelles, ainsi que la nécessité de former les équipes à l’usage et à la supervision d’agents IA. Sans données fiables ni ingénieurs capables de piloter ces outils, l’adoption restera limitée.
C’est pourquoi le déploiement actuel se concentre sur des workflows d’ingénierie d’automatisation bien délimités avant d’envisager une extension à d’autres parties de la chaîne de valeur industrielle.
Vers une nouvelle division du travail entre humains et machines
L’Eigen Engineering Agent s’inscrit dans une stratégie plus large. Siemens a annoncé un investissement de 1 milliard d’euros dans l’IA industrielle et dispose de plus de 1 500 spécialistes et 2 000 familles de brevets dans le domaine. L’entreprise veut intégrer l’IA à tous les niveaux de l’opération industrielle.
Pour les ingénieurs français et européens, l’outil représente à la fois une opportunité et un défi. Opportunité, car il permet de traiter davantage de projets avec les équipes existantes. Défi, car il impose de monter en compétence sur la supervision d’agents autonomes et sur la définition de critères de performance adaptés.
Concrètement, l’ingénieur de 2028 ne codera probablement plus chaque routine lui-même. Il définira les objectifs, validera les architectures proposées par l’agent et se concentrera sur les aspects créatifs et les contraintes propres à son métier. C’est ce glissement que Siemens cherche à accélérer avec l’Eigen Engineering Agent.
Disponible dès aujourd’hui via le portefeuille Siemens Xcelerator, cet agent pourrait marquer une étape supplémentaire dans l’automatisation de l’ingénierie d’automatisation.
















