509 points sans IA contre 481 avec un usage quotidien. Selon la toute première enquête PISA à mesurer l’intelligence artificielle générative, les collégiens qui délèguent leurs devoirs à un chatbot perdent l’équivalent d’un an et demi de scolarité. Un résultat qui refroidit l’idée d’une aide automatique à la réussite.
À retenir
- Plus de 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays ont participé à PISA 2025, première édition évaluant l’impact de l’IA générative, publiée le 8 septembre 2026.
- 46 % des élèves de la zone OCDE utilisent un chatbot au moins une fois par semaine pour le travail scolaire.
- En sciences, les non-utilisateurs obtiennent 509 points contre 481 pour les usagers quotidiens, soit un écart de 28 points après correction du milieu social.
- Un usage modéré, environ une fois par semaine pour comprendre un concept, atteint 500 points et dépasse légèrement les non-utilisateurs.
- 62,6 % des élèves ont été formés à évaluer la véracité d’une réponse d’IA, mais les plus défavorisés y ont nettement moins accès.
L’enjeu n’est plus de savoir si l’IA entre à l’école, mais comment elle y entre. Les chatbots deviennent un réflexe, et PISA montre que leur efficacité dépend entièrement de la méthode, pas de l’outil.
Les chiffres de PISA 2025 sur l’IA à l’école
Publiée le 8 septembre 2026, cette édition marque la première évaluation de l’IA générative dans les systèmes éducatifs.
Un échantillon mondial inédit pour mesurer l’effet chatbot
L’enquête PISA 2025 de l’OCDE est la première à intégrer l’usage de l’IA générative comme variable d’apprentissage. Elle porte sur plus de 760 000 adolescents de 15 ans représentant 33 millions de jeunes dans 91 pays et économies. Le domaine majeur testé est la culture scientifique, avec des épreuves complémentaires en lecture et en mathématiques. Selon l’OCDE, 46 % des élèves de la zone OCDE déclarent désormais recourir à des agents conversationnels au moins une fois par semaine pour apprendre.

28 points perdus, soit une année et demie de retard
En sciences, les élèves qui n’utilisent jamais l’IA pour leurs devoirs obtiennent 509 points en moyenne. Ceux qui l’utilisent quotidiennement plafonnent à 481 points, soit une perte de 28 points à milieu socio-économique constant. Pour l’OCDE, cet écart équivaut à près d’un an et demi de scolarité. La tendance est identique en lecture et en mathématiques, alors que le niveau en lecture a déjà chuté de 28 points en dix ans à l’échelle de l’OCDE.
La synthèse et la rédaction, activités les plus pénalisées
La fracture s’aggrave quand l’IA remplace l’élève sur des tâches de production intellectuelle directe. Lors des exercices de synthèse de documents, les usagers quotidiens perdent près de 30 points par rapport aux non-utilisateurs. La rédaction intégrale de devoirs par chatbot affiche le même décrochage. À l’inverse, les recherches d’information ponctuelles pèsent moins, ce qui suggère que la substitution complète coûte le plus cher. Un élève sur cinq se situe désormais sous le seuil de compétence de base dans les trois matières, contre 16 % en 2022.
Pourquoi l’IA fait chuter les notes quand elle pense à votre place
Derrière les moyennes, l’étude décrit le mécanisme cognitif en jeu et montre pourquoi la fréquence compte autant que l’intention.
La décharge cognitive qui court-circuite l’apprentissage
Le concept clé est la décharge cognitive, ou cognitive offloading : déléguer à la machine l’effort de compréhension, de structuration et de mémorisation. L’outil fait le travail à la place du cerveau, qui n’ancre plus durablement la connaissance. L’OCDE estime que cette économie d’effort explique l’essentiel des contre-performances observées. Andreas Schleicher, directeur de l’éducation à l’OCDE, résume la règle d’or :
L’apprentissage ne s’accomplit pas par la consommation de contenu mais par la lutte cognitive productive de l’esprit avec la matière.
— Andreas Schleicher, directeur de l’éducation à l’OCDE, cité par The Verge
Sans cette lutte productive, l’information glisse sans laisser de trace. Une expérimentation citée par l’OCDE l’illustre : l’aide directe de GPT-4 améliore de 48 % la réussite immédiate en mathématiques, mais fait chuter de 17 % les résultats lors d’une évaluation ultérieure sans outil.
La courbe en U : trop ou trop peu, même sanction
La relation entre fréquence et performance n’est pas linéaire. Les scores les plus faibles se retrouvent aux deux extrêmes : chez les usagers quotidiens et chez les usagers rarissimes qui n’y touchent qu’une ou deux fois par an. Les premiers s’habituent à la réponse prête à l’emploi et perdent en autonomie. Les seconds, souvent peu à l’aise avec l’outil, l’utilisent sans méthode quand ils s’y risquent. Cette courbe en U montre qu’un usage réfléchi et régulé fait la différence.
Le contrepoint : quand l’IA devient tuteur, elle fait progresser
Les données ne plaident pas pour bannir les chatbots. Les élèves qui mobilisent l’IA environ une fois par semaine pour mieux comprendre, avec l’intention explicite de « m’aider à apprendre », obtiennent environ 500 points en sciences. Ils dépassent légèrement les non-utilisateurs et nettement les usagers quotidiens. La nuance est pédagogique : l’IA sert de tuteur lorsqu’elle questionne, reformule et donne des indices ; elle devient un générateur lorsqu’elle livre la copie finale. Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE, le rappelle :
La technologie ne saurait constituer un substitut à l’attention, à la persévérance et à la compréhension personnelle.
— Mathias Cormann, secrétaire général de l’OCDE
Utilisée comme échafaudage temporaire, elle soutient l’effort ; utilisée comme béquille permanente, elle l’annule.
L’école face à la nouvelle littératie critique
Savoir utiliser l’IA ne suffit plus. Il faut aussi savoir la contester, et c’est là que se joue la prochaine inégalité.

Apprendre à douter de la machine fait remonter les scores
PISA 2025 introduit une variable décisive : la littératie de l’IA, soit la capacité à interroger, vérifier et corriger une réponse générée. Cette compétence s’apprend explicitement en classe. 62,6 % des élèves de 15 ans déclarent que leurs enseignants leur ont déjà demandé d’évaluer la qualité des réponses d’IA. Ceux qui ont bénéficié de cet entraînement obtiennent de meilleurs résultats quand ils utilisent l’IA, car ils font du chatbot un objet d’analyse. Le constat rejoint une enquête de la RAND Corporation : 67 % des collégiens et lycéens estiment eux-mêmes que le recours systématique à l’IA affaiblit leur esprit critique.
Une fracture sociale qui s’installe dans la salle de classe
Cette littératie est inégalement répartie. Les élèves issus de milieux défavorisés sont moins exposés aux exercices critiques que leurs pairs favorisés, selon l’OCDE. L’écart ouvre une nouvelle fracture éducative : l’accès au matériel ne suffit plus, il faut aussi apprendre à s’en servir avec recul. Or le besoin est massif : seuls 46 % des jeunes déclarent croiser systématiquement leurs sources et accorder plus de poids aux preuves scientifiques qu’au sens commun face aux infox. Sans modules de vérification des sources et d’évaluation algorithmique dans les programmes, l’école risque de former des utilisateurs passifs d’un côté et des utilisateurs avertis de l’autre.
L’alerte de PISA est claire : l’IA n’efface pas l’effort, elle le déplace. L’école doit apprendre à tous les élèves où le placer.

















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