Une vague d’inquiétude a secoué les bourses européennes et américaines la semaine du 11‑12 août 2025, les géants du logiciel voyant leurs actions chuter sous la pression d’une IA qui promet de réinventer le modèle SaaS. Entre corrections brutales, opportunités de croissance et questions de souveraineté, le secteur doit redéfinir son avenir avant que les agents IA ne devancent les applications traditionnelles. Cette analyse décrypte les impacts, les promesses et les risques qui redessinent le paysage des éditeurs.
À retenir
- Les actions de Monday.com, Adobe, Salesforce, Workday, SAP et d’autres ont perdu entre 3 % et 40 % depuis le début de 2025.
- Le marché de la cybersécurité devrait atteindre 562,72 milliards $ d’ici 2032 (≈ 484,5 milliards €).
- L’IA générative pourrait générer 175‑250 milliards $ (≈ 150‑215 milliards €) de revenus d’ici 2027.
- Les modèles SaaS traditionnels risquent d’être remplacés par des « agents IA » d’ici 2030, selon Microsoft.
- Les coûts d’infrastructure (tokens, énergie, puces) pourraient transformer la facturation en modèle « utility ».
IA, un tsunami boursier pour les éditeurs de logiciels traditionnels
Les marchés ont réagi violemment aux signaux d’une disruption alimentée par l’IA, mettant en lumière la fragilité des valorisations actuelles.
Chute des valeurs et nervosité des marchés
Durant la semaine du 11‑12 août 2025, Monday.com a vu son cours s’effondrer de 30 % malgré une hausse de 27 % de son chiffre d’affaires. Les prévisions de croissance ont été revues à 24‑25 % contre 41 % en 2023, alimentant la nervosité des investisseurs.
En parallèle, Adobe a perdu 23 % de sa valeur depuis le début de l’année et près de 40 % sur un an. Salesforce a reculé de 3,3 % en une journée, tandis que Workday a baissé de 3,8‑4 % après les heures de marché et de 12 % sur l’année.
Les géants SAP, Sage et Nemetschek ont enregistré des baisses respectives de 7 %, 4,7‑5,4 % et 7‑11 %. UBS a noté que les « risques liés à l’IA » freinent les investissements, notamment dans les agences de publicité comme Publicis.
Le modèle SaaS sous pression face à l’automatisation
Les analystes de RBC Capital Markets déclarent que les valorisations du logiciel restent sous pression à cause du discours sur la « mort des logiciels due à l’IA ». Rahul Ghosh de T. Rowe Price qualifie le secteur de « endroit dangereux ».
Selon Sam Altman, CEO d’OpenAI, le SaaS entre « bientôt dans l’ère de la fast fashion » : l’IA permet de créer des applications plus rapidement et à moindre coût. Charles Lamanna et Satya Nadella de Microsoft prévoient que les applications SaaS traditionnelles deviendront les « mainframes des années 2030 », remplacées par des « agents IA » d’ici 2030, avec des nouveaux paradigmes codifiés en 6‑18 mois.
Ces agents IA utilisent des interfaces génératives, des bases de données vectorielles et des objectifs dirigés, abandonnant les formulaires statiques qui caractérisent les solutions actuelles. La capacité de générer du code sur mesure remet en cause le modèle d’abonnement basé sur le nombre d’utilisateurs.
Acteurs majeurs impactés et premières victimes
En plus des géants déjà cités, Workday a annoncé une acquisition de la startup IA Paradox Inc. malgré une pression boursière, et a revu à la hausse ses prévisions de revenus à 9,52 milliards $ (≈ 8,21 milliards €).
Le Market Research de Melius Research affirme que « l’IA dévore les logiciels ». La volatilité annoncée par les analystes devrait persister à court terme, alors que les investisseurs cherchent à identifier les éditeurs capables de transformer leurs plateformes en agents IA.

IA, un catalyseur de transformation et d’opportunités
Parallèlement à la panique, l’IA ouvre de nouveaux créneaux de croissance pour ceux qui s’adaptent rapidement.
Intégration de l’IA pour renforcer les solutions existantes
Le marché mondial de la cybersécurité, passé de 193,73 milliards $ en 2024 à une prévision de 562,72 milliards $ d’ici 2032 (≈ 484,5 milliards €), bénéficie d’une impulsion IA. Des acteurs comme CyberArk Software, Okta, Qualys, A10 Networks, Palo Alto Networks, Check Point et CrowdStrike intègrent l’IA pour contrer des menaces de plus en plus sophistiquées.
Palo Alto Networks a lancé la plateforme AI Access Security, qui a évalué la sécurité de plus de 4 000 applications d’IA générative. Cette offre a permis d’accélérer la croissance de ses revenus, démontrant que l’IA peut être un facteur différenciant plutôt qu’une menace.
Dans le domaine de la productivité, des solutions SaaS comme Procore (gestion de projets de construction) et Medidata (randomisation d’essais cliniques) tirent parti de l’IA pour automatiser des tâches qui requièrent auparavant un jugement humain approfondi.
Nouveaux modèles d’affaires et croissance accélérée
Le cabinet McKinsey estime que l’IA générative générera entre 175 et 250 milliards $ (≈ 151‑215 milliards €) d’ici 2027, contre seulement 15 milliards $ en 2023. Cette explosion de valeur crée un terrain fertile pour de nouveaux modèles économiques.
Les éditeurs qui passent d’un modèle d’abonnement à une tarification « basée sur les résultats » ou « utility » pourront monétiser l’usage réel de l’IA (tokens, énergie, puces). Cette évolution pourrait doubler le taux de changement de fournisseur, passant de 5 % à 10 % en raison des coûts de migration réduits.
Le CEO de Workday, Carl Eschenbach, affirme que la crainte d’une disruption « complètement exagérée » et que « l’IA est un logiciel, et nous nous y appuyons fortement ». Cette vision encourage les investisseurs à voir les baisses de cours comme des opportunités d’achat.
Redéfinir la valeur dans un monde AI‑First
La valeur future ne reposera plus uniquement sur le volume de licences, mais sur la capacité à posséder les données, à établir des standards et à garantir la sécurité. Les éditeurs devront se positionner comme gardiens de la souveraineté des données tout en offrant des agents IA capables de créer des solutions sur mesure.
Les agents IA, au‑delà des modèles de fondation, promettent d’automatiser des workflows complexes, d’élargir la base d’utilisateurs et de réduire le besoin d’experts humains. Cette évolution fait de l’IA un véritable « logiciel », comme le souligne Carl Eschenbach, et ouvre la porte à une nouvelle vague de startups spécialisées dans les agents IA.

Angles morts et défis de l’ère de l’IA logicielle
Si l’engouement est palpable, plusieurs risques restent peu explorés et pourraient freiner l’adoption massive de l’IA.
Surpromesses et complexités cachées de l’IA
L’assistant IA de Klarna a été présenté comme capable de remplacer 700 équivalents temps plein. En pratique, il a fallu garder des agents humains pour corriger les erreurs et garantir la satisfaction client, révélant une surestimation des capacités actuelles.
Cette situation montre que l’automatisation ne supprime pas toujours la main‑d’œuvre, mais la redéfinit. Les projets d’IA doivent intégrer une supervision humaine continue, ce qui augmente les coûts opérationnels.
Enjeux de souveraineté des données et éthique
L’intégration de modèles d’IA généraux ou de partenaires externes soulève des questions de confidentialité, de sécurité et de contrôle. Les éditeurs européens doivent se conformer au RGPD tout en assurant la performance de leurs solutions IA.
Les agences publicitaires, par exemple, craignent que l’IA ne « banalise les marques », en générant des contenus uniformisés. La souveraineté des données devient alors un avantage concurrentiel majeur pour les acteurs capables de garder les modèles et les jeux de données en interne.
Coûts d’infrastructure et nouvelles dynamiques de marché
Le coût des tokens, de l’électricité et des puces représente une dépense non négligeable. Une facturation au modèle « utility » pourrait rendre les services IA plus transparents mais aussi plus onéreux pour les petites entreprises.
Par ailleurs, la réduction des coûts de migration de données favorise l’émergence de nouveaux entrants. Le taux de changement de fournisseur pourrait augmenter de 5 à 10 points de pourcentage, intensifiant la concurrence et obligeant les éditeurs historiques à accélérer leur transformation.
En conclusion, l’IA représente à la fois une menace et une opportunité pour le secteur du logiciel. Les acteurs qui sauront combiner une intégration technique rigoureuse, une gouvernance des données souveraine et une offre orientée résultats seront les prochains leaders d’un marché redéfini.
















