Microsoft prépare Copilot 365 à fonctionner comme une flotte d’« agents autonomes » capables de travailler sans supervision humaine. Inspiré par le succès viral d’OpenClaw, le projet interne Ocean 11, piloté par Omar Shahine, veut passer d’un assistant réactif à une automatisation proactive en continu. Les premières versions doivent être présentées lors de la conférence Microsoft Build 2026, le 2 juin 2026.
À retenir
- Ocean 11 : équipe interne dirigée par Omar Shahine qui développe la « Wave 3 » de Copilot, centrée sur l’automatisation 24 h/24.
- OpenClaw : plateforme open source lancée fin 2025 par Peter Steinberger, passée au‑delà de 350 000 étoiles GitHub, capable de manipuler directement les applications.
- Work IQ : couche de mémoire contextuelle qui permet aux agents de comprendre la hiérarchie, les projets et les flux propres à chaque entreprise.
- Agents spécialisés par rôle (ventes, marketing, comptabilité) avec permissions strictes.
- Sécurité renforcée via Microsoft Purview pour contrer les risques d’injection de prompts et des failles comme CVE-2026-25253.
- Concurrence directe : OpenAI a recruté Peter Steinberger en février 2026 ; Anthropic intègre déjà Claude dans les outils Office.
- Objectif commercial : convertir les utilisateurs vers les abonnements premium Agent 365.
Le projet Ocean 11 et la naissance des agents autonomes
Microsoft ne cache plus son ambition : faire de Copilot un collègue numérique qui ne dort jamais. Omar Shahine, vice‑président corporate, a confirmé au média The Information que l’entreprise teste activement des technologies de type OpenClaw dans un cadre professionnel.

Cette initiative porte un nom de code : Ocean 11. Dirigée par Shahine, cette équipe travaille sur ce que Microsoft appelle la Wave 3 de Copilot. Après la première vague (le simple chat) et la deuxième (l’intégration dans les applications), la troisième doit transformer l’IA en agents capables d’initier des actions, de boucler des workflows multi‑étapes et de fonctionner en mode de productivité continue.
Concrètement, au lieu d’attendre qu’un utilisateur lui demande de rédiger un mail, le futur Copilot Cowork pourra surveiller la boîte Outlook, identifier les messages prioritaires, consulter le calendrier OneDrive, préparer un brief de réunion et même lancer un ordre d’achat si les conditions pré‑définies sont réunies, sans intervention directe. C’est le passage de l’assistant à l’agent.
De la réaction à la proaction
Jusqu’ici, Copilot réagissait. Désormais, il doit anticiper. Cette bascule impose deux briques techniques : une mémoire d’entreprise fiable et une couche d’exécution robuste. C’est précisément à cet endroit qu’OpenClaw a changé la donne.
OpenClaw, le phénomène qui a forcé Microsoft à réagir
Fin 2025, le développeur autrichien Peter Steinberger publie OpenClaw, une couche d’exécution open source qui permet à des modèles d’IA de contrôler directement des applications comme si un humain était derrière le clavier. Le projet devient viral en quelques semaines, dépassant les 350 000 étoiles GitHub, un niveau rarement atteint pour ce type d’outil.
Le succès est tel qu’il entraîne une hausse des ventes de Mac mini, machines jugées adaptées pour faire tourner ces agents local‑first particulièrement gourmands en ressources. Les utilisateurs découvrent qu’ils peuvent mettre en place des automatisations complexes sans passer par des outils no‑code limités ni par des scripts difficiles à maintenir.
Du local pur au modèle hybride sécurisé
Microsoft observe ce mouvement de près. Le groupe ne peut pas laisser l’innovation se concentrer uniquement sur des machines personnelles hors de tout contrôle centralisé. Sa réponse combine l’approche d’exécution locale d’OpenClaw avec son infrastructure cloud et ses outils de gouvernance d’entreprise.
Le résultat annoncé s’appelle Agent 365. Contrairement aux agents OpenClaw, qui tournent librement sur le poste de l’utilisateur, les versions Microsoft seront confinées, surveillées et filtrées. L’enjeu est de conserver la puissance fonctionnelle tout en respectant les exigences de sécurité des grands comptes.
D’autres projets comme NVIDIA NemoClaw ou Moltbot explorent des approches voisines, mais c’est bien OpenClaw qui a déclenché ce mouvement dans l’écosystème.
Work IQ : la mémoire qui change tout
Le véritable avantage concurrentiel de Microsoft ne se limite pas à l’exécution, mais tient à la compréhension fine du contexte de travail.

C’est là qu’intervient Work IQ, une couche de mémoire organisationnelle qui permet à l’IA de connaître les projets en cours, les relations hiérarchiques, les habitudes de chaque service et l’historique décisionnel de l’entreprise. Un agent marketing ne verra pas les données financières, tandis qu’un agent comptable n’aura pas accès aux campagnes publicitaires.
Cette spécialisation par rôle marque une rupture avec les agents génériques actuels. Au lieu de réponses approximatives, l’IA dispose d’un modèle opérationnel de l’organisation et de ses priorités.
Exemples concrets d’usage
Un agent commercial pourra suivre l’ensemble des opportunités dans le CRM, détecter les retards de réponse, proposer des relances personnalisées et préparer les comptes rendus avant même que le commercial n’ouvre son ordinateur le matin. Un agent marketing pourra, lui, surveiller les mentions de la marque, analyser les performances des dernières campagnes et suggérer des ajustements de budget en temps réel, sans qu’un humain ait besoin de formuler une requête explicite.
Sécurité et gouvernance : le vrai défi
L’enthousiasme autour des agents autonomes s’accompagne de risques concrets. OpenClaw a déjà révélé une vulnérabilité critique, référencée CVE-2026-25253, permettant l’injection de prompts et l’exécution de code à distance. Dans un environnement d’entreprise, ce type de faille est inacceptable.
Microsoft mise sur son écosystème de sécurité existant, notamment Microsoft Purview, pour créer des silos stricts. Chaque agent disposera d’une identité propre, de permissions granulaires et d’un périmètre d’action clairement défini. Une console centrale, Agent 365, doit permettre aux équipes IT de superviser l’ensemble des bots en temps réel et d’auditer leurs actions.
La course contre Anthropic et OpenAI
La pression concurrentielle est forte. Anthropic a déjà intégré son modèle Claude directement dans Word et Excel via des « Channels ». Plus significatif encore : OpenAI a recruté Peter Steinberger en février 2026 pour piloter sa propre activité d’agents personnels.
Microsoft répond avec ses atouts : une base installée massive d’entreprises, une intégration profonde dans les outils de productivité et une expérience reconnue en matière de gouvernance. L’enjeu est clair : transformer ses millions d’utilisateurs Copilot en abonnés Agent 365.
La conférence Microsoft Build 2026, prévue le 2 juin, sera l’occasion pour l’éditeur de montrer des agents spécialisés en conditions réelles et d’ouvrir, progressivement, une bêta aux clients Enterprise. Pour les salariés, l’ère des agents autonomes ne relève plus du laboratoire : elle arrive directement dans les outils qu’ils ouvrent chaque matin.
(Article rédigé à partir des informations publiées par The Information et des déclarations d’Omar Shahine, avril 2026.)

















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